Depuis 2025, Nexans a choisi de soutenir la progression et le travail d’une athlète paralympique française Agathe Pauli. Nageuse de haut niveau, ambitieuse et déterminée, nous l’avons rencontré en début d’année pour mieux la connaitre. Bouchons d’oreille, compétition, et test sur câbles, plongez dans l’univers d’Agathe.
Qui es-tu Agathe Pauli ?
J’ai 22 ans, je viens de Marseille et je suis née avec une agénésie fémorale droite. En clair, je n’ai pas de fémur de la jambe droite. Et je nage. Je suis athlète de haut niveau, en compétition depuis l’âge de 7 ans. J’ai participé à mes premiers jeux paralympiques à Paris en 2024 et désormais je vise un podium à Los Angeles en 2028.
Quel est ton premier souvenir lié à la natation ?
Je devais avoir 5 ans. Avec ma grande sœur, de deux ans mon aînée, nous avons été inscrites à des cours de natation pour apprendre à nager. Je garde surtout en mémoire l’impression de grandeur que me donnaient les bassins. Ils me paraissaient immenses alors qu’ils ne mesuraient sans doute pas plus de trois mètres sur quatre. Je me souviens également de l’odeur si caractéristique des lieux, ce mélange de javel et de chlore. Ca m’a beaucoup marqué.
Et ça t’a tout de suite plu ?
Au début, il s’agissait simplement d’apprendre à nager, presque comme une étape incontournable. Et je n’ai pas eu le coup de foudre tout de suite. Mais j’avais certaines facilités, ce qui m’a permis d’intégrer le groupe de ma sœur.
C’est quand j’ai commencé la compétition que j’ai eu le véritable déclic. J’y ai découvert un plaisir nouveau : l’adrénaline des courses, la satisfaction de progresser, la fierté de recevoir des trophées. C’est cette dimension compétitive, exigeante et stimulante, qui m’a donné envie de continuer.
Le déclic du haut niveau
Y a-t-il une personne qui a particulièrement compté dans ton parcours?
Oui, clairement ma première coach au Handisport Marseille, Sophie Casgha. On rigolait beaucoup, il y avait une super ambiance de groupe. Même quand les entraînements étaient un peu difficiles, on riait, et ça donnait assez envie de faire les 2h de trajet aller-retour pour aller dans l’eau.
Quand as-tu compris que la natation pouvait devenir un projet de haut niveau ?
Lors de ma première compétition internationale, aux Championnats d’Europe de la jeunesse. J’avais 15 ans. C’était la première fois que je nageais contre des athlètes étrangères. En France, la concurrence est assez limitée, mais à l’international, tu te rends compte de ton vrai niveau. Ça m’a vraiment fait prendre conscience qu’il fallait travailler beaucoup plus.
Et donc ?
Dans la foulée, j’ai quitté ma maison, je suis partie pour Bordeaux où j’ai intégré le pôle France. Et l’entrainement est devenu beaucoup plus intensif, ce n’était plus seulement 3 fois par semaine. Le projet de haut niveau devient concret et surtout j’ai vu les progrès dans le bassin.
« Si je change de catégorie, je peux viser l’or aux JO de Los Angeles. »
Comment décrirais-tu ton évolution depuis tes débuts jusqu’à aujourd’hui ?
La progression est énorme. Entre ma première compétition et les Jeux Paralympiques, il y a un monde. J’ai participé aux championnats du monde, d’Europe. J’ai surtout beaucoup progressé mentalement, sur la manière d’aborder les courses. L’expérience, à force, change tout.
Quelles sont aujourd’hui tes forces dans l’eau ?
J’ai une très bonne glisse et un gros travail de bras. Comme je n’ai qu’une jambe, j’ai appris à compenser et à m’adapter techniquement.
La classification, kézaco ?
En natation paralympique les athlètes ont des classifications qui déterminent leurs catégories de nage. Pour les handicaps moteurs, elles vont de S1 (mobilité très limitée) à S10 (mobilité quasi intégrale). Les catégories S11 à S13 concernent les athlètes atteints de cécité, S14, les athlètes avec une déficience intellectuelle et enfin S15, les athlètes atteints par la surdité.
La question de la classification est importante dans ton sport. Comment la vis-tu ?
Aujourd’hui je suis classifiée S9, mais je cherche à faire revoir celle-ci. A ce stade, je suis en concurrence contre des athlètes dont la mobilité est bien supérieure à la mienne, notamment sur le bas de corps. La classification n’est pas quelque chose de totalement scientifique. Il y a parfois de gros écarts entre athlètes qui sont pourtant dans la même catégorie. J’ai aussi une scoliose en plus de mon agénésie fémorale droite, ce qui joue sur mon équilibre dans l’eau. Si je change de catégorie en passant en S8, je peux clairement viser l’or à Los Angeles.
Le mental et la gestion de la pression
Pour accompagner ta progression, sur quels aspects travailles-tu le plus actuellement ?
Il y a deux volets sur lesquels je me focalise : la technique et le mental. Dans le premier cas, je travaille beaucoup la respiration. Savoir quand reprendre son souffle, dans quel mouvement, ça demande une grande concentration et surtout beaucoup de répétitions . Sur le plan mental, je suis accompagnée depuis 1 an et demi maintenant par une spécialiste. Elle ne vient pas du sport, on peut parler de plein de choses, c’est très utile.
Qu’est-ce que ce travail t’apporte ?
Cela m’aide surtout à relativiser. On fait beaucoup de visualisation, à apprendre à dézoomer, mettre de la distance vis-à-vis des situations. L’objectif est de garder le stress utile, mais sans se laisser envahir. Parfois, je ne me fixe même pas d’objectif de temps, je me concentre sur la stratégie de course.
Paris 2024, un moment à part
Quelle compétition t’a le plus marquée jusqu’à présent ?
Sans hésiter, les Jeux Paralympiques de Paris. C’était incroyable. Quand tu arrives en finale avec 15 000 personnes dans les gradins, ça n’a rien à voir avec un championnat du monde où il y a 200 spectateurs. Pendant le relais, il y avait tellement de bruit que j’ai dû me boucher les oreilles.
Quels souvenirs gardes-tu des Jeux ?
L’arrivée au village, déjà, c’était irréel. On a l’impression d’être dans un film. Tous les pays, tous les handicaps, c’est un monde dans le monde. J’avais même demandé un fauteuil électrique pour éviter une fatigue excessive. Et puis il y avait aussi la célébration, l’après.
Une route tracée vers les Jeux de 2028
Quels sont tes objectifs pour la saison 2026 ?
Pour l’instant, les Championnats d’Europe sont l’objectif principal, s’ils ont bien lieu.(Ils ne sont toujours pas confirmés pour 2026) Mais tout dépend de ma reclassification, que je dois repasser soit en mars à Barcelone, soit en mai à Paris. En S8, je peux viser plusieurs podiums.
Mais si je dois me fixer un objectif, c’est faire un podium. Peu importe la classification. Et j’aimerais améliorer mon temps de 4’49 sur 400 m nage libre.
As-tu changé ta routine pour y parvenir ?
Je nage beaucoup plus : je suis passée de 35–40 km par semaine à environ 50 km. J’ai aussi un stage en Australie qui arrive, et j’ai hâte de m’entraîner au contact de nageuses comme Lakeisha Patterson.
Si on se projette plus loin vers les Jeux de Los Angeles ?
Viser les podiums et continuer à performer. Mais je le répète, la classification peut tout changer. Aujourd’hui, c’est difficile à accepter de concourir contre des athlètes contre lesquelles je ne peux pas lutter. J’ai horreur de l’injustice et c’est parfois difficile à accepter quand tout ne dépend pas uniquement de toi.
« Grâce à Nexans, je me sens toujours soutenue »
Nexans t’accompagne depuis 2025, que t’apporte ce partenariat ?
Beaucoup de soutien. J’ai déjà rencontré des salariés, visité des sites, et je reçois souvent des messages d’encouragement. Se sentir suivie et soutenue, ça fait énormément de bien. Je ne me sens pas seule dans mon projet, ce qui peut parfois être le cas.
Justement, Nexans défend beaucoup l’idée de collectif, d’unité, comment tu le ressens dans ton activité, qui reste très individuelle ?
Le collectif est essentiel. Derrière moi, il y a mon coach, le préparateur physique, les kinés, la préparatrice mentale, le staff de l’équipe de France et les sponsors. Je nage, et eux travaillent tous pour que je réussisse. Il faut apprendre à leur faire confiance et à déléguer.
J’ai un autre exemple en tête. Nexans est une multinationale, présente sur plein de continents, de nombreux pays, pourtant vous travaillez tous dans un but commun. En natation, le relais me fait penser à ça. On s’entraine tous chacun dans notre coin, dans nos villes mais le jour J, ensemble, on fait le travail pour atteindre notre objectif de performance.
Tu es venue visiter notre centre de l’innovation AmpaCity, à Lyon, qu’est ce qui t’a le plus intéressée ?
J’ai été impressionnée par le niveau de technicité nécessaire à la création et à la réalisation d’un câble : les cahiers des charges, tous les tests. J’ai compris à quel point le câble est essentiel pour nos activités quotidiennes. J’ai surtout beaucoup aimé les échanges avec les salariés, le jeu de questions-réponses. Les gens étaient très attentifs, et c’était vraiment agréable.
Pour conclure, dans quel état d’esprit es-tu pour ce début d’année ?
Après les jeux, le risque était de retomber. Moins d’effervescence, moins d’intérêt pour nous. Mais les athlètes s’entrainent toujours autant. Le soutien de partenaires comme Nexans me permet d’être plus sereine, de me projeter, de chercher des stages sans être bloquée. C’est essentiel. Je peux donc avancer et viser le meilleur.